Retrouvez « Un siècle d’art moderne en effervescence : le Salon d’Automne », la conférence donnée le jeudi 25 avril par Noël Coret au Petit Château de Sceaux.

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Retrouvez « Un siècle d’art moderne en effervescence : le Salon d’Automne », la conférence donnée le jeudi 25 avril par Noël Coret au Petit Château de Sceaux.

Noël Coret, Portrait, par Rose Sznajder. Plasticienne-photographe, membre du Comité du SA

Intitulée « Un siècle d’art moderne en effervescence : le Salon d’Automne », la conférence donnée le jeudi 25 avril par Noël Coret au Petit Château de Sceaux s’inscrivait dans le cadre de l’exposition remarquable « 1704 – Le Salon, les Arts et le Roi » qui se tient actuellement au Musée de l’Île-de-France. Noël Coret nous a communiqué la trame de son intervention ci-dessous :

 

Salon d’Automne

La Fraternité des Arts et des Artistes

-Conférence Petit Château de Sceaux 25 avril 2013-

 

Rappel historique des Salons avec quelques dates importantes

 -1648 : Création de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, sous la régence d’Anne d’Autriche, à l’instigation d’un groupe de peintres et de sculpteurs, dont faisaient partie Philippe de ChampaigneSébastien BourdonCharles Le BrunJuste d’Egmont et Gérard van Opstal, dans le but de contrecarrer l’influence des guildes de Saint-Luc et d’élever le statut des artistes qui n’était pas distinct de celui des artisans.

 -1850 : Courbet expose l’Enterrement à Ornans, 1850, Salon de 1851,  dimensions : 3,15 x 6,68 m  !!!  Scandale : Dimensions réservées jusqu’alors aux scènes de bataille ou aux scènes mythologiques.

46 personnages sont rassemblés dans le village natal franc-comtois du peintre… Une communauté soudée dans le deuil… Courbet ici signe un acte profondément humaniste et fraternel avec les habitants de son village….

-« Salon des refusés » de 1863 au Palais de l’Industrie, avec Antoine Chintreuil et les « peintres de la modernité » : Pissarro, Manet avec trois tableaux dont Le Déjeuner sur l’herbeHarpignies, Fantin-Latour, Whistler, Jongkind….

 -11 ans plus tard, le 15 avril 1874, le second « Salon des refusés » donne naissance aux Impressionnistes. Réunis chez Nadar Boulevard des Capucines : Boudin, Cézanne, Degas, Monet, Pissarro, Renoir, Sisley… Ridiculisés à l’époque, ils caracolent aujourd’hui dans les ventes publiques et sont devenus les peintres les plus populaires de notre planète.

1884 : Naissance du Salon des Indépendants : « Ni Jury ni récompense »

Importance de Seurat, du néo-impressionnisme, des nabis…

Anecdote : Une forte amitié liera deux artistes que tout opposait et qui seront tour à tour les présidents des Indépendants : le commandant Dubois Pillet qui participa à la « semaine sanglante » lors de l’écrasement de la Commune dans le sang et Maximilien Luce, artiste anarchiste, qui avait 13 ans pendantla Commune mais qui en exorcisera plus tard le souvenir douloureux en peignant d’après mémoire les images d’une répression impitoyable…

1903 Naissance du Salon d’Automne. A sa tête, l’architecte Frantz Jourdain, qui eut comme précepteur Jules Vallès… Solidarité avec les jeunes artistes refusés dans les deux Salons officiels et combat contre l’académisme ambiant.

Ethique originelle : « Fraternité des Arts et des Artistes ». Refus de la distinction des Arts majeurs (Peinture, Sculpture, Architecture) / Arts mineurs (tout le reste, de la gravure aux arts décoratifs…)

1904 : Rétrospective Cézanne– présence de Picasso – 33 tableaux de Paul Cézanne, 62 d’Odilon Redon et 35 d’Auguste Renoir sont réunis !

1905 : Scandale : Artistes tous classés dans un même ordre alphabétique quelle que soit leur discipline : dessin, arts du feu, photographie, affiche, etc…

FAUVISME : Louis Vauxcelles : « Au centre de la salle, un torse d’enfant et un petit buste en marbre d’Albert Marque, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l’orgie des tons purs : Donatello parmi les fauves. »

« La bande à Matisse » : André Derain, Maurice de Vlaminck, Henri Manguin, Charles Camoin, Albert Marquet, Kees Van Dongen… Georges Braque et Raoul Dufy s’y présenteront l’année suivante…

LIRE TEXTE D’ELIE FAURE dans la préface du catalogue de 1905. «Ecoutez-les ces primitifs !  Ils sont nos fils, ils sont nos frères… ».

-Rappel de Rimbaud à son éditeur, 35 ans plus tôt : « Je suis jeune, tendez moi la main ! » (1870, à Théodore de Banvillle)

-Insister sur ce qu’apporte de neuf le fauvisme, pas tant l’utilisation de la couleur pure (« utilisée comme des cartouches de dynamite » selon Derain) mais du fait de l’utilisation ARBITRAIRE de la couleur…

-La musique est intégrée aux autres arts. LIRE PROGRAMME MUSICAL de 1905

1906 : Rétrospective de 227 œuvres de Gauguin ! Exposition des oeuvres de Courbet et de Carrière…

Exposition d’Art Russe organisée par Serge de Diaghilev et Francis Jourdain, aidé de Larionov. 12 salles du GP décorées par Léon Bakst ! 53 artistes, pour 750 œuvres et 35 icônes…

Phrase de Frantz Jourdain : « Le Salon d’Automne a le droit, sans conteste, de prendre à son actif l’exposition organisée sur notre demande par le gouvernement de Saint Pétersbourg, sous la direction de Diaghilev, dont la conséquence a été les représentations inoubliables de ces ballets russes qui ont modifié d’une façon si heureuse notre représentation de la mise en scène et de la décoration théâtrale qui croupissaient dans la plus humiliante routine. »

 1907 : Cézanne, mort en 1906, est couronné avec 61 œuvres majeures ! Picasso présent à l’ouverture.

 Apollinaire :

Mets ta jupe en cretonne

Et ton bonnet mignonne

Nous allons rire un brin

De l’art contemporain

Et du Salon d’Automne

A chaque exposition annuelle, poètes et hommes de lettres sont conviés à des conférences et invités à déclamer leurs poèmes… De Guillaume Apollinaire àEdouard Glissant, en passant par André Gide, Paul Fort, Jean Cocteau, Louis Aragon…, la plupart des poètes vivant à Paris sont passés par le Salon d’Automne !

Exemple de Fraternité des Arts : déclinaison du Fauvisme sur la poterie et les Arts du Feu : André Methey expose une centaine de pièces émaillées signées Van Dongen, Signac, Derain, Vlaminck….

1908 : CUBISME (Braque refusé, combattu au Comité par Matisse…)

Accueil massif des artistes étrangers

Montparnasse, « La Ruche » : Archipenko, Hayden, Lipchitz, Zadkine, Chagall, Kandinsky, Baranoff –Rossiné, bientôt rejoints par Pascin, Modigliani, Kisling, Soutine, Foujita…. L’Ecole de Paris est en train de se placer au premier rang !

Séraphin Péladan écrit dans La Revue hebdomadaire :

« Ces étrangers qui remplissent nos théâtres et peuplent nos Salons, plus étrangers à l’art lui-même qu’à notre sol, s’amusent d’autant plus que le tableau tourne à la farce. On vient voir des énormités, comme ailleurs on va en entendre. Une mesure récente a ferméla Morgue, mesure sage : le spectacle était malsain. La mesure qui interdirait le Salon d’Automne serait sage aussi : le spectacle des simulations maladives constitue un danger de contagion : on ne doit pas faire un spectacle de l’épilepsie, même feinte, même peinte. Ce Salon est un mauvais lieu : l’épithète ne vient pas au hasard de ma plume ; je la choisis pour sa signification précise et habituelle. N’oubliez pas qu’il a un jury, que tout ce qui met sa tâche de cynisme, d’ânerie, de maladie ou d’impiété sur cette cimaise, tout cela a été choisi par des hommes qui n’ignorent ni les musées, ni l’histoire., qui sont conscients et qui prétendent faire œuvre civilisée. »

On passe 1910 avec la Danse de Matisse, 1911 avec les premières peintures abstraites de Kupka et on arrive à…

 1912 où l’appel de Séraphin Péladan trouve un écho chez quelques députés qui veulent interdire le GP au Salon d’Automne !!! Une fois de plus, comme c’est souvent le cas en période de crise (la guerre s’annonce à ‘horizon) l’étranger sert de bouc émissaire, et le député Jean-Louis Breton lance à l’Assemblée Nationale : « Ce sont pour la plupart des étrangers qui viennent ainsi chez nous, dans nos Palais nationaux, jeter consciemment  ou inconsciemment le discrédit sur l’art français. » Violente attaque contre le Salon d’Automne à qui les députés souhaitent refuser l’accès au GP à cause des cubistes qualifiés de « métèques »/ Le député Charles Bauquier va jusqu’à dire : « On n’encourage pas l’ordure ! Il y a des ordures dans les arts comme ailleurs. »  Vibrante plaidoirie de Marcel Sembat, député socialiste et responsable dela Ligue des Droits de l’Homme, époux de Georgette Agutte, elle-même peintre fauve exposant au Salon d’Automne. Une phrase est restée dans les annales : « Mon cher ami, quand un tableau vous semble mauvais, vous avez un incontestable droit : c’est de ne pas le regarder, d’aller en voir d’autres ; mais on n’appelle pas les gendarmes ! »

1914-1918 : Le GP transformé en « infirmerie » – 5 bulletins du Salon d’Automne, bulletins de solidarité avec les artistes combattant sur la ligne de front. Présentation des bulletins.

Lettres publiées. Parmi elles, celle du peintre Jacques Dresa :

« J’étais en observation sur le flanc du Honeck, dans un trou de terre que faisaient trembler de tous côtés les obus, tandis que mon cher petit camarade Desvallières, mourait héroïquement au Reischakerkopf, juste devant moi… Et à Verdun… Qu’est ce que je peux vous dire ? A certains jours plus de deux mille coups sont tombés sur notre batterie dont trois pièces ont été fracassées, et bien des camarades reposent maintenant dans les bois verts ! »…

-Sur l’impulsion du Salon d’Automne, organisation d’une exposition importante : « La Fraternité des Artistes », les œuvres sont vendues au profit des blessés et de leur famille…

1919 : Exposition des œuvres des « artistes morts pour la France »

-Naissance des Ateliers d’Art sacré, créés par Maurice Denis et George Desvallières (1861-1950).

Section d’Art sacré très dynamique au Salon d’Automne.

Entre-deux guerres : montée en puissance de l’Ecole de Paris, expressionnisme et « retour à l’ordre ».

« Fraternité des Arts » : présence très forte des ensembliers au Salon d’Automne, avec Jacques Emile Ruhlmann, Majorelle, et de la maroquinerie avec Louis Vuitton

1924 : « Fraternité des Arts » ajoute une nouvelle section : la GASTRONOMIE.

Tous les grands chefs régionaux sont présents et présentent un menu de leur « pays » d’origine !

LIRE MENU du SA 1927

 1933 : Promulgation des lois raciales par Adolf Hitler.

Exemple de « Fraternité des artistes » au Salon d’Automne : Exposition de 65 œuvres d’artistes membres du Comité Français pour la Protection des Intellectuels Juifs persécutés. « Il s’agit d’offrir aux malheureux que les persécutions chassent de leur patrie, l’accueil et l’assistance. » Une main est tendue aux victimes de l’antisémitisme et de l’intolérance.  Frantz Jourdain ajoute son nom à ceux de Paul Langevin, François Mauriac, Charles-Marie Widor, artistes et intellectuels français qui ont immédiatement réagi aux lois haineuses d’Adolf Hitler.

1940-1944

Le Salon d’Automne se tient au Palais de Chaillot.

Lire la lettre bouleversante du président du SA George Desvallières aux exposants suite à l’intervention de l’officier allemand Schnurr venu identifier et censurer toutes les œuvres des artistes juifs.

 Lire la liste des 23 artistes juifs morts dans les camps d’extermination.

 1943 : Exposition en pleine occupation d’un artiste dégénéré : 33 œuvres de Georges BRAQUE !

 1944 : LIRE LA PREFACE DU CATALOGUE 1944 dit « SALON DE LA VICTOIRE »

Rétrospective Pablo Picasso avec 80 oeuvres réalisées pendant l’occupation ! Scandale et tentative iconoclaste à l’égard des œuvres de Picasso. Une cohorte d’artistes conduite par André Lhote se positionne immédiatement devant les œuvres pour empêcher qu’elles soient vandalisées !

 1945 : « Salon de la Paix » rétrospective Henri Matisse (bras de fer avec Picasso)

 1946 : Le Salon d’Automne œuvre pour la paix et se déplace à Vienne en Autriche !

 Années d’après guerre…

 1951 : Scandale plus politique qu’esthétique

Le 6 novembre, sept toiles dénonçant ce qu’on appelait la « sale guerre » d’Indochine, tableaux de Marie-Anne Lansiaux, Boris Taslitzky, Gérard Singer, Bauquier, Jean Milhau, Julien Sorel et Berbérian sont décrochés par les CRS à l’heure de la visite présidentielle. Titre d’Aragon dans les Lettres Françaises « Au Salon d’Automne, peindre a cessé d’être un jeu » La censure gouvernementale s’exerce surtout à l’encontre du portrait d’Henri Martin par Julien Sorel (alias Boris Taslitzky), montrant un prisonnier en tenue de bagnard, enfermé pour avoir refusé d’aller se battre en Indochine…

Tous les artistes du Salon d’Automne et tous ceux du Salon des Indépendants se mobilisent pour soutenir leur camarade et exiger l’exposition des œuvres au nom de la « liberté d’expression ». Bel exemple de « fraternité des artistes » !

A partir des années 50 la haute couture s’installe au Salon d’Automne où Pierre Cardin fait défiler ses mannequins ! Montrer l’article « Salon d’Automne : où la mode rencontre l’art de peindre »…, revue « Prêt à porter » de janvier 1958…

 Après-guerre marqué plastiquement par la rivalité entre l’abstraction et les tenants de la figuration.

 Création en 1951 par Isis Kischka, membre du Comité du SA, du mouvement artistique des « Peintres Témoins de leur temps ». L’aventure durera jusqu’en 1982. La plupart des têtes d’affiche du Salon d’Automne y participent.

« Nous croyons et répétons sans lassitude, que l’art n’est vraiment grand que lorsqu’il est universel et s’adresse à tous les hommes et qu’il est accessible à tous et non à quelques initiés ou qui se croient tels », disait Isis Kischka.

1982 : Exposition au SA par Bernard Lorjou de Sabra et Chatila, massacres perpétrés par les milices chrétiennes dans les deux camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth-ouest, qui ont fait plus de 3 000 morts.

Fin décembre 2008 : commencement du bombardement de Gaza.

2009 : délégation d’artistes palestiniens au Salon d’Automne

Manifestations Internationales du Salon d’Automne, axe central de la « Fraternité des Arts et des Artistes » :

Depuis 2005 : Extension rapide d’une présence internationale et expositions du Salon d’Automne dans différentes capitales étrangères : Tel Aviv, Le Caire, Sao Paulo, Ryadh, Saint Jacques de Compostelle (Sarria), Moscou, Pékin, Tokyo…, sur le thème d’une RENCONTRE, d’un DIALOGUE entre artistes du Salon d’Automne et ceux du pays hôte…

 2013 : Création du Salon d’Automne International. En expliquer la nécessité.

Pour terminer :

 De la difficulté d’exister en France pour un Salon historique dans le cadre d’une dictature impitoyable de l’expression conceptuelle soutenue quasi exclusivement par l’Etat contre tout ce qui fait sens, tout ce qui est relié à la mémoire collective, tout ce qui s’inscrit dans un processus ininterrompu depuis l’homme de Lascaux : le dessin, la peinture, la sculpture…considérés comme défunts !

« Mort de l’histoire de l’Art = Mort de l’Art» ? Enterrement non révélé d’une historicité édifiée par la chronologie ?… En quoi la création de musées d’art moderne (ex : le MOMA) puis de musées d’art contemporain participe-t-elle, en revendiquant une émancipation à l’égard d’une « continuité »,  à la victoire de l’idéologie punk du « no past – no futur » dans la création contemporaine ?… Discussion…

2013-06-27T15:31:18+00:00