Peinture: la section « Figuration Subjective », présidée par Pierre Eychart et préfacée par André Comte-Sponville, du Salon d’Automne 2013

//Peinture: la section « Figuration Subjective », présidée par Pierre Eychart et préfacée par André Comte-Sponville, du Salon d’Automne 2013

Peinture: la section « Figuration Subjective », présidée par Pierre Eychart et préfacée par André Comte-Sponville, du Salon d’Automne 2013

Akimitsu IMAI – Catleya

« Figuration subjective » : c’est une espèce de pléonasme, puisqu’il n’est de figuration que pour et par un sujet. La nature ne se représente pas elle-même. Et nul ne voit ce qu’elle présente qu’en se le représentant. Mais ce pléonasme dit quelque chose sur l’humanité en général, et sur l’art en particulier. Le réel nous précède, nous enveloppe, nous traverse. L’esprit ne naît à soi qu’en s’ouvrant au monde. C’est cette ouverture que l’art donne à voir, à contempler, à habiter. Aucun peintre n’y échappe. Une toile, même abstraite, est un morceau de réel et d’humanité. Mais les peintres figuratifs le manifestent d’irremplaçable façon : parce qu’ils se confrontent au réel, parce qu’ils le recréent ou le transforment. C’est pourquoi ils nous aident à le voir, à le redécouvrir, à l’aimer. Le plaisir qu’ils nous offrent n’est pas seulement plastique : s’y ajoute celui d’une reconnaissance (« Oui, c’est bien ça ! »), qui est celle du monde commun et unique, jointe à la surprise, bien souvent, devant ce que la vision de l’artiste a de singulier ou d’imprévisible. « Le sujet n’est pas ce qui importe », me disent parfois mes amis peintres. Certes. Mais il importe qu’il y en ait un, dont la figuration subjective puisse nous émouvoir. Trois pommes, un paysage, un groupe d’enfants, un visage que l’on ne connaît pas… Quelle émotion pourtant, lorsque le talent est au rendez-vous ! Un coin de la création, comme disait Zola, mais transfiguré par un regard. Un morceau d’humanité, mais comme arraché au réel. Les plus grands artistes, depuis des siècles, ont assumé cette tension entre l’esprit et le monde. Pourquoi notre époque n’aurait-elle pas le droit, elle aussi, de se contempler dans ses peintres ?

 André COMTE-SPONVILLE

Sylvie THYBERT – Grande Plage

2013-10-05T06:38:27+00:00