Noël Coret fait le bilan de ses onze années de présidence de la Société du Salon d’Automne.

//Noël Coret fait le bilan de ses onze années de présidence de la Société du Salon d’Automne.

Noël Coret fait le bilan de ses onze années de présidence de la Société du Salon d’Automne.

SA - logo jpeg basse résolution 2010

 

 

2004-2014 :

 

11 ans pour rattraper le train dont va le monde !

 

 

« Car il est d’autres Salons que ceux des fonctionnaires et des publicitaires. Le Salon d’Automne, aujourd’hui comme il y a cent ans, voit toujours poindre avant la nuit des promesses d’aurore » affirmait dans notre catalogue de 2005, Jean-Louis Lippert, figure majeure de la littérature belge contemporaine… Si les promesses d’aurore sont les plus audacieuses, elles sont aussi les plus périlleuses à accomplir.

Onze ans après notre prise de fonction à la présidence de cette vénérable société, ça n’est pas sans une certaine fierté, partagée collectivement par tous les administrateurs du Salon d’Automne, et malgré la certitude que rien n’est jamais acquis…, que nous sommes en droit de penser que les promesses ont été tenues. Ce ne fut pas sans mal. Et puisque pour ce qui nous concerne, l’heure du bilan a sonné –un(e) autre présidera le Salon d’Automne en 2015-, chacun sait le parcours de combattant que notre société d’artistes fut sommée d’accomplir pour survivre à sa décision de ne pas se rallier au rassemblement de tous les Salons historiques au Grand Palais dans une même manifestation.

Ce fut Charenton en 2014, où le poète Edouard Glissant, en compagnie de ses amis artistes caribéens et de Patrick Chamoiseau, fêtait ses 80 ans, le temps de baptiser notre Salon d’Automne « Maison de toutes les Saisons »… Puis le Parc Floral de Vincennes nous accueillait en 2005, abritant la rétrospective du sculpteur brésilien Victor Brecheret, l’hommage à Emile Verhaeren et un défilé de mode malgache, feu d’artifices de couleurs rutilantes resté dans toutes les mémoires… 2006 fut un grand cru au Palais des Congrès de Montreuil où se firent entendre la voix grave d’Yves Bonnefoy, le piano de Bruno Rigutto et le violon de Dider Lockwood, avec une explosion d’art urbain, un hommage à Bernard Lorjou, sans oublier les photographies de Jean-Luc de Laguarigue, avec théâtre et concerts de jazz à gogo…  Le périple se poursuivait l’année suivante sur le site de la Porte d’Auteuil où Caroline Casadesus fit entendre son chant sublime et Nima Sarkechik son toucher pianistique si émouvant –les concerts annuels de ce jeune pianiste sont devenus un rituel du Salon très prisé par notre public-, et transitait par celui de la Porte de Champerret, avant que nous ne posions enfin nos valises, depuis 2011, sur la célébrissime avenue des Champs Elysées… Des personnalités aussi diverses que le compositeur Philippe Hersant, l’humoriste Stéphane Guillon, les acteurs Robin Renucci, Didier Sandre et Pierre Arditi, le philosophe Patrick Comte Sponville, l’affichiste de Charlie Chaplin, Léo Kouper, l’historienne de l’art et spécialiste de l’art déco Florence Camard, disparue le 7 février 2014, qui fit tant pour notre société d’artistes, le cinéaste Bertrand Tavernier, le dessinateur Jean Cabu, sans oublier Jean-Louis Lippert, Jacques Bral, Antonio Manfredi et le grand Wolinski pour notre édition 2014…, contribuaient au succès de nos éditions et à la lente remontée de notre notoriété… Sous l’autorité de Sylvie Gilles, secrétaire générale, de Mehdi Tadjouri (ex DJ de Diams), commissaire, et grâce au soutien technique très précieux de la ville de Tremblay-en-France, l’Académie des Banlieues apportait dès 2011 un souffle nouveau en déployant une diversité artistique inédite. Oxmo Puccino, DJ Lojilo, poésie, musique et danse hip hop, affiches originales, BD Urbaine, graff, danse contemporaine, défilés de mode, théâtre, folk…, un vent de jeunesse et d’insolence artistique soufflait sur notre Salon, en phase avec les modes d’expression contemporains. Nul doute que la reconquête et le renouveau du Salon d’Automne passaient nécessairement par l’élargissement des champs plastiques ! Le renouvellement total de notre outil de communication en était également l’une des conditions sine qua non, ce qui fut chose faite –et de main de maître- par Benjamin Loustau. Composant le petit « Parlement » de notre association, les membres du Comité du Salon d’Automne n’ont quant à eux jamais refusé les débats cruciaux, parfois très animés.., pour négocier au mieux notre traversée du XXIe siècle. Ils ont, en toute collégialité, activement participé à modifier l’image quelque peu vieillissante que l’on nous prêtait souvent. Qu’ils en soient remerciés de tout cœur, ainsi que les membres du Bureau sur lesquels nous avons pu nous appuyer en confiance durant toutes ces années. Le Secrétariat du Salon d’Automne joue depuis toujours un rôle déterminant et Annie Chollet, secondée par Paul Goi, a parfaitement accompagné, avec patience et un sourire à toute épreuve, les grandes mutations opérées par notre société. Nous n’oublierons pas tous les bénévoles, ni Fabien Cissé et ses longues heures passées derrière la caméra pour filmer, puis pour réaliser les montages nécessaires à l’archivage comme à l’exploitation de ces vidéos…

Enfin, notre présence sur la scène internationale était le gage déterminant d’un engouement réel et continu porté par les artistes pour le Salon d’Automne, où qu’ils se trouvent sur notre planète. Dès 2006, sous l’impulsion du sculpteur galicien José Diaz Fuentes, le Salon d’Automne se déployait en Espagne avant de se poser au Caire, à Moscou, Tokyo, Pékin, Ryadh, Sao Paulo, Tel Aviv, au Luxembourg et dernièrement à Tunis. Sofia, New-York, Montréal et l’Indonésie sont désormais sur les rangs. Le succès de ces rencontres internationales est d’une telle ampleur que le Salon d’Automne a été amené à créer le SAI, Salon d’Automne International, structure associative intrinsèquement liée au Salon d’Automne et que nous avons l’honneur de présider (voir les deux pages qui lui sont consacrées dans ce catalogue).

Pour terminer, nous ne ferons pas l’économie d’adresser notre reconnaissance au Ministère de la Culture qui n’a pas failli à sa mission de solidarité par une subvention annuelle sans laquelle, même si nous en déplorons la baisse constante, le Salon d’Automne ne pourrait poursuivre ses activités, tout comme la Mairie de Paris pour son soutien à la communication…

 

Mais ce sont bien les plasticiens exposants, et les sociétaires en particulier, peintres, sculpteurs, photographes, numéristes, dessinateurs, auteurs de livres d’artiste, graveurs, créateurs de l’art mural et décoratif, designers, artistes du street art, qui sont les principaux acteurs de cette notoriété nouvelle du Salon d’Automne !!!

 

De 1 800 visiteurs en 2004, nous sommes passés à plus de 30 000 en 2013. La reconquête de notre public, c’est à eux, déjà, que nous le devons, c’est à eux que s’adresse en priorité toute notre gratitude pour la fidélité à travers les épreuves, pour la confiance accordée comme un pied de nez à l’adversité, pour l’enthousiasme à partager fraternellement cette rencontre annuelle, pour la témérité à enrichir le legs ancestral par leur propre chant, pour la lucidité à éviter le danger du temps qui passe en le laissant passer sous le poids de la routine…, pour le courage et la volonté de ne pas baisser les bras devant la publicité outrageuse faite à un «art contemporain » dont les prix engendrent les vanités mercantiles les plus obscènes. On se souvient de ce propos Ô combien prophétique énoncé par Claude Roger-Marx dans la Préface de notre catalogue de 1949 : « Une vérité officielle tend à régner, sanctionnée par les chiffres, les honneurs, les commandes, et par une presse docile. De nouveaux conformismes, que rien n’ose combattre, tendent à s’imposer avec une autorité dictatoriale. Je suis sûr que le Salon d’Automne, fidèle à son passé, je veux dire à l’avenir, demeurera l’animateur lucide qu’il fut en des temps difficiles mais de grande floraison.  A la condition, toutefois, d’accomplir gravement l’effort critique qui lui permette de découvrir le génie créateur, le courage et l’indépendance ailleurs que dans les mouvements qui croient en avoir le privilège. » Celles et ceux qui ont partagé nos combats depuis 2004 pourront en témoigner : cet « effort critique » ne s’est pas fait sans quelque douleur. Mais nous l’avons fait. Ensemble.

Ensemble, nous avons lutté contre les routines assassines et contre l’actuel conformisme d’un mode d’expression conceptuel inféodé à la financiarisation à outrance d’une économie mondialisée (voir notre Manifeste : « Pour la diversité, contre le pompiérisme d’Etat »).

Ensemble, nous avons renoué avec cette volonté combattive inculquée par Frantz Jourdain dès 1903 pour en finir avec tous les académismes.

Ensemble, nous avons rétabli l’éthique de Fraternité des Arts pour y ajouter celle de Fraternité des Artistes à travers le SAI. Les hommages exceptionnels rendus cette année à Roger Somville (1923-2014), peintre-muraliste belge engagé sa vie durant pour la défense et la promotion du Réalisme, et à Pierre Eychart (1943-2013), peintre et vice-président de notre société d’artistes, peintre figuratif lui aussi impliqué sur le « Front gauche » de l’art, contribueront au questionnement permanent de la posture de l’artiste au XXIe siècle.

« Il ne s’agit pas de conserver une cendre, il s’agit d’entretenir une flamme », proclamait Jaurès. Une flamme, telle une promesse d’aurore pour éclairer l’avenir : LONGUE VIE AU SALON D’AUTOMNE !

 

Noël Coret

Président du Salon d’Automne

Président du Salon d’Automne International

2014-09-08T12:29:24+00:00