À propos des prochaines élections et du « Salon d’Automne est Charlie », la mise au point du président Noël Coret lors du dernier Comité

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À propos des prochaines élections et du « Salon d’Automne est Charlie », la mise au point du président Noël Coret lors du dernier Comité

Lundi 9 février :

Chers artistes et chers ami(e)s du Comité,

Avant toute chose, nous souhaitons la bienvenue aux nouveaux membres de notre Comité, trois artistes -et quels artistes !…-, trois artistes œuvrant chacun à leur manière dans le registre de la sculpture. Ils s’appellent Patricia BERQUIN, Thierry BENENATI et RASKO, trois artistes que nous accueillons chaleureusement et que je vous remercie d’applaudir ! 

Suite à l’opération récente de l’hernie discale qui me torturait depuis des mois, je ne suis pas en mesure d’être parmi vous pour cette réunion, Ô combien importante, du Comité, et j’en suis sincèrement désolé…

Celle-ci se tient au lendemain des terribles événements qui ont endeuillé notre pays tout entier. Le massacre à Charlie Hebdo a fait 11 victimes parmi lesquelles deux immenses artistes qui furent les Parrains d’Honneurs de nos deux dernières éditions de 2013 et 2014, Jean Cabu et Georges Wolinski. En leur mémoire, et en préambule de cette réunion, je souhaiterais que le Comité observe une minute de silence. (…) Merci. 

Sur la proposition de Françoise Frugier, une banderole magnifique affichant la solidarité du Salon d’Automne et la reproduction des visuels réalisés gracieusement pour nous par Cabu et Wolinski, a été déployée durant cette gigantesque manifestation du dimanche 11 janvier.

Ce jour-là, des dizaines de milliers de participants, curieux, émus ou admiratifs, ont pu voir l’hommage et la présence très remarquée du Salon d’Automne. Enfin, une gerbe de notre société d’artistes a été déposée lors des obsèques de Georges Wolinski au cimetière de Montparnasse. La stricte confidentialité de l’enterrement de Jean Cabu dans sa ville natale de Châlons-en-Champagne ne nous a pas permis d’être présents pour manifester toute notre compassion, mais Rose Sznajder, amie de longue date de Cabu, a pu dire notre peine à son frère Michel, celui-là même qui avait assuré musicalement, avec sa formation de jazz, le vernissage de notre édition 2013… 

Le temps du deuil est encore vivace et il serait vain, et déplacé, ici, de polémiquer en revenant sur les propos honteux qui ont parfois été tenus concernant la pertinence de notre collaboration avec ces artistes qui ne sont plus… Simplement, je ne me lasserai jamais de le répéter, cette collaboration s’inscrit dans une continuité historique du Salon d’Automne, notre association ayant depuis sa création en 1903, et à maintes reprises, confié la réalisation de ses affiches et couvertures de catalogues à des artistes illustrateurs, caricaturistes, affichistes et dessinateurs de presse, tels Bernard Naudin, André Hellé, Pierre Paul Montagnac, etc… De fait, les collaborateurs du Rire, de La Baïonnette, du Crapouillot ou de l’Assiette au Beurre ont trouvé au Salon d’Automne une vitrine et une reconnaissance de leur statut d’artiste. La « Fraternité des Arts », éthique originelle de notre association, ne supporte aucune hiérarchie, et ne peut souffrir aucun manquement : le mépris d’un mode d’expression, quel qu’il soit, envers un autre mode d’expression, ne peut y être toléré sous peine d’entacher gravement ce qui fut l’élément fondateur de notre association. 

Rappeler l’éthique fondatrice me permet de faire le lien avec cette très importante réunion d’aujourd’hui, sensée organiser les prochaines élections qui se tiendront au cours de l’Assemblée Générale d’avril prochain, au cours de laquelle je cesserai mes activités de président, ce poste que vous toutes et tous m’avez fait l’honneur de me confier depuis 2004. L’objet de ce Comité n’est pas de dresser le bilan de ces onze années de combat vécues ensemble pour redresser notre société d’artistes -cela fera l’objet de mon ultime « Rapport moral » lors de l’AG d’avril- mais, sans jamais perdre de vue le cap de cette éthique originelle, de garantir les conditions de transparence, d’équité et d’information nécessaires pour que ces élections, et tout particulièrement celle de la présidence, se déroulent sous les meilleurs auspices, ceux d’une vie associative démocratique et sereine, conforme à ses idéaux de pluralisme et de liberté d’expression.

Les postulants et postulantes ont donc été invités à déposer leur candidature en y incluant leur CV et leur profession de foi, ce à quoi se sont livrés Sylvie Koechlin  et Jean-Bernard Pouchous, tous deux candidats.

Chaque sociétaire, où qu’il se trouve en France ou dans le monde, même s’il n’est pas à même de voter pour l’élection « du » ou « de la » présidente -rappelons que c’est le Comité, dont la moitié des membres sont élus ou réélus par les sociétaires, qui procède au vote des membres du Bureau, dont le poste de président(e)…-, doit recevoir ces informations et se sentir impliqué dans la vie et les échéances électorales de notre association. Je ne doute pas que vous soyez tous convaincus de cette nécessité et vous remercie d’aborder collectivement et avec le plus grand sérieux le renouvellement des instances dirigeantes du Salon d’Automne qui aura lieu lors de notre prochaine AG. Il importe, selon moi, que chacun des candidats et candidate puisse aujourd’hui s’exprimer à tour de rôle devant le Comité, pour que les membres de notre « Parlement » soient à même de les questionner et de bien connaitre la politique qu’ils entendent développer… Enfin, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, je propose que ce soit notre Présidente d’Honneur et membre du Comité, Mireille Juteau, qui dirige cette réunion et organise les débats.

Pour terminer, je souhaitais souligner que s’il était très important de défiler sous une bannière du Salon d’Automne proclamant « JE SUIS CHARLIE » -encore mille mercis à celles et ceux qui se sont mobilisés pour participer à cette manifestation et porter la lourde banderole jusque tard dans la nuit !-, il est bien plus difficile d’assumer dans la durée l’exigence dont cette affirmation est porteuse. « Être Charlie », c’est s’engager au respect absolu pour toutes les formes d’expressions littéraires ou artistiques, et cela jusqu’au blasphème ! Ce droit, le peuple français l’a conquis de haute lutte et nous devons, vaille que vaille, le mettre en œuvre en refusant tout ce qui pourrait brider, atténuer, voire étouffer des expressions plastiques qui ne seraient pas conformes à tel ou tel académisme, à telle ou telle certitude que nous portons individuellement sur l’Art dans notre société contemporaine. Il appartient au Salon d’Automne de veiller à accueillir sans sourciller TOUTES les formes d’expression sans exception, à entendre et accepter les nouveaux vocabulaires plastiques sans jamais céder à la démagogie des soi-disant avant gardes et des modes qui, comme chacun sait…, se démodent. Et de ne jamais oublier ces mots de Louis Aragon, lequel fréquentait assidûment les cimaises de notre Salon  : 

« La bataille dans l’art a de tout temps été non point celle de l’invention pure, qui n’existe pas, contre l’observation dont on ne peut se passer, mais celle du SENS de l’œuvre contre sa futilité. La liberté de l’art a toujours été de donner sens aux œuvres qu’il produit, et l’asservissement de l’art est toujours venu des interdictions extérieures qui ont prétendu limiter le champ de nos observations d’une part, et contrôler le sens que l’artiste leur donne. L’Art a de tout temps été une grande bataille pour la liberté. » 

À nous, pour ne pas intégrer la grande valse des hypocrites…, d’œuvrer sans relâche pour mériter d’ÊTRE CHARLIE ! 

 

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2015-02-16T10:42:06+00:00