Le sculpteur et académicien Ousmane Sow, invité d’honneur du Salon d’Automne, est mort jeudi 1er décembre 2016 à Dakar, Sénégal.

« Lorsque j’ai rencontré, jeune sculpteur moi-même, pour la première fois, le travail magistral d’Ousmane Sow, c’était au coin de ma rue à Paris, affiché sur le kiosque à journaux, en 1991, grâce à la Revue Noire, il y a 25 ans !

La couverture du numéro 1 de cette inédite revue montrait une œuvre époustouflante d’un sculpteur encore inconnu en France à l’époque, le Sénégalais Ousmane Sow.
Interloquée par l’expression des corps et des visages, je me souviens du choc de cette découverte.
Très vite, ensuite, son œuvre a été montrée, pour arriver jusque sur le pont des Arts en 1999, en face de l’Académie des Beaux-Arts où, précisément, en 2013 le maître a été reçu, en tant que premier artiste africain, 30 ans après l’immense poète Léopold Sédar Senghor, chantre de la « négritude » .
Évidemment, résumé comme cela, l’ascension paraît fulgurante et magique, surtout lorsqu’on sait et comment pourrions-nous l’ignorer aujourd’hui? d’où est partie l’inspiration de cet artiste incontournable, formé à la « matière humaine » par son premier métier de kinésithérapeute.

Or il n’en est rien, tout sculpteur sait combien le temps est le maître de nos destins dans nos pratiques artistiques. Je devrais plutôt dire « la longueur du temps ». Sans elle, aucune œuvre digne de ce nom ne peut jaillir des mains de qui que ce soit.
Ousmane Sow eut cette chance de pouvoir allier son gigantesque talent avec une détermination sans faille associée à la longueur du temps, grâce à une patience inébranlable. Tous ces éléments réunis lui ont permis d’enrichir sa vision du monde et des hommes, et de nous les léguer en héritage.
Il n’aura pas eu la joie de connaître la naissance de son propre musée à Dakar.
Nous avons eu l’honneur et le bonheur d’exposer une de ses œuvres en 2015 au Salon d’Automne à Paris.
La maladie nous a privés de sa présence cette année où il était le parrain d’un collectif d’excellents artistes, issus de la biennale de Dakar et venus nous présenter une vision personnelle de leurs univers propres.
Nous regrettons amèrement sa disparition et nous nous joignons, en pensée, à la peine de sa famille.

Nous ne pouvons plus rien pour lui, mais, grâce à son œuvre, il peut beaucoup pour nous.
Car ne nous y trompons pas, la force de sa vitalité est inscrite dans ses sculptures et celle-ci ne périra pas.
Il l’a léguée en héritage à l’humanité toute entière.
Puisse le Sénégal, son pays, lui rendre hommage par la construction d’un musée à l’échelle de son génie !  »

SK
Sylvie Koechlin sculpteur
Présidente du Salon d’Automne